L’IA, à l’approche de la fin 2025, et le marché boursier des technologies rencontrent une dynamique assez incryoable. Nvidia (NVDA), qui dominait de manière quasi incontestée le paysage des semi-conducteurs pour l’Intelligence Artificielle (IA), voit son hégémonie remise en question. L’arrivée de concurrents redoutables force les investisseurs à repenser leur allocation de portefeuille. Entre les inquiétudes légitimes sur une « bulle IA » et les opportunités massives de cette révolution, comment naviguer dans cet environnement volatil ? L’ère du « pari unique » sur Nvidia est terminée.
Le tournant symbolique : Meta se tourne vers Google
Le 24 novembre 2025, les marchés ont tremblé. L’action Nvidia a perdu 4% en pré-ouverture. La cause ? Une annonce de Meta (META). Le géant des réseaux sociaux envisage désormais sérieusement d’utiliser les puces TPU (Tensor Processing Unit) de Google (GOOGL) pour ses futurs centres de données à partir de 2027.
Cette nouvelle représente un tournant symbolique majeur. Les TPU de Google, conçues en collaboration avec Broadcom (AVGO), gagnent en crédibilité. Meta, qui investit entre 70 et 72 milliards de dollars cette année dans son infrastructure IA, explore une diversification urgente. L’entreprise veut réduire sa dépendance totale aux GPU Nvidia. Cette dépendance se heurte à des pénuries d’approvisionnement, des délais de livraison extrêmes et des prix stratosphériques.
Wall Street estime que ce passage pourrait priver Nvidia de commandes évaluées jusqu’à 180 milliards de dollars à long terme.
Nvidia : Le poids d’une valorisation stratosphérique
Nvidia conserve une position de leader incontesté. Son chiffre d’affaires annuel a bondi de 4 milliards de dollars en 2014 à 61 milliards en 2024. Mais l’action se négocie à 70 fois ses bénéfices (P/E 70x). Ces niveaux inquiètent même les investisseurs les plus optimistes.
Michael Burry, l’investisseur légendaire qui avait prédit la crise immobilière de 2008, alimente le débat. Il a pris une position baissière (un « short ») de 187 millions de dollars contre Nvidia. Il parie sur l’exubérance irrationnelle des valorisations technologiques.
Parallèlement à la chute de Nvidia, l’action Alphabet (Google) a bondi de plus de 6% ce 24 novembre. Elle frôle désormais une capitalisation de 4 000 milliards de dollars. Les commentaires très positifs sur son modèle Gemini 3 et l’intérêt croissant de Meta pour ses TPU propulsent Google en première ligne de la compétition.
L’Ère des dépenses massives : 500 milliards de dollars d’investissements
Cette diversification cache un phénomène encore plus profond. J.P. Morgan Private Bank confirme que les fondamentaux de l’IA reposent sur des réalités économiques solides. Il ne s’agit pas d’une spéculation débridée.
Les grandes entreprises technologiques (« hyperscalers ») ont triplé leurs investissements annuels en capital (CapEx). Ils sont passés de 150 milliards de dollars en 2023 à une projection de 500 milliards de dollars ou plus en 2026.
Il faut bien reconnaître l’ampleur de ces chiffres. Une seule entreprise prévoit de construire des centres de données totalisant plus de 25 gigawatts de capacité. Cela générera plus de 1 000 milliards de dollars de dépenses d’investissement dans les années à venir.
Les bénéficiaires secondaires : Bien plus que des puces
Cet afflux de capitaux bénéficie à l’ensemble de la chaîne de valeur, pas seulement aux producteurs de puces. Les investisseurs doivent regarder au-delà de Nvidia.
1. Les constructeurs de serveurs (Dell, Supermicro)
Les constructeurs de serveurs comme Dell Technologies (DELL) émergent comme les véritables gagnants. Dell bénéficie d’un consensus « Achat Fort » avec un ratio PEG (Price/Earnings to Growth) attractif de 0,31. Sa plateforme « AI Factory » intègre les GPU et TPU que ses clients achètent. Dell vend l’infrastructure complète à des prix record.
Supermicro (SMCI), malgré une baisse de 31% ce mois-ci (une correction saine), affiche une croissance du BPA (Bénéfice Par Action) projetée de 40,8% d’ici 2026. Cela suggère un fort potentiel de rebond.
2. L’Infrastructure Cloud (Amazon, Microsoft, Oracle)
Le cloud ne cesse de croître pour alimenter cette demande.
- Amazon (AMZN) annonce un investissement de 125 milliards de dollars dans ses « data centers » en 2026.
- Microsoft (MSFT), partenaire stratégique du projet « Stargate » (un supercalculateur IA à 100 milliards de dollars), voit son segment « Intelligent Cloud » générer 8,2 milliards de dollars de revenus (+13%).
- Oracle (ORCL) prépare un « supercluster » IA massif pour son T3 2026. Il utilisera 50 000 GPU de AMD (AMD), un autre concurrent direct de Nvidia.
3. L’IA agentique (ServiceNow, Palantir)
L’innovation se diversifie au-delà du matériel. L’IA « agentique » représente la prochaine frontière. Ce sont des systèmes autonomes capables de planifier et d’exécuter des objectifs indépendamment.
- ServiceNow (NOW) mise sur ces agents IA avec sa plateforme « Yokohama ».
- Palantir (PLTR) explose avec une croissance de 63%. Son revenu commercial américain bondit de 121% grâce à sa plateforme d’IA (AIP).
Deloitte estime que 25% des entreprises lanceront des projets pilotes d’IA agentique dès 2025.
4. Le « Edge Computing » (Qualcomm)
La bataille ne se joue pas que dans le « cloud ». Qualcomm (QCOM) riposte dans l’IA embarquée (« on-device ») avec son processeur Snapdragon 8 Gen 5. Il redéfinit le marché mobile et le « edge computing » (calcul en périphérie). L’IA s’exécute désormais directement sur les téléphones et les ordinateurs, sans passer par un centre de données.
Stratégie d’investissement : La diversification est reine
Les investisseurs avertis reconnaissent désormais que le principal risque en 2025 n’est pas une surévaluation systématique. Le risque est une sous-exposition à l’impact transformateur de cette technologie.
Cependant, ils doivent naviguer prudemment. J.P. Morgan recommande de diversifier l’exposition sur l’ensemble de la chaîne de valeur :
- Matériel d’IA : (Nvidia, Google, Broadcom, AMD)
- Hyperscalers (Cloud) : (Microsoft, Amazon, Google)
- Constructeurs de Serveurs : (Dell, Supermicro)
- Développeurs de Solutions : (Adobe, Salesforce)
- Intégrateurs d’Entreprise : (ServiceNow, Snowflake, Palantir)
- Infrastructure Énergétique : (Secteur de l’énergie, Nucléaire)
L’opportunité cachée : L’énergie
Le secteur de l’énergie représente l’opportunité cachée. La demande d’électricité des centres de données devrait plus que doubler d’ici 2026. Aux États-Unis, les « data centers » pourraient consommer 13% de l’électricité totale du pays en 2030. Cette demande massive propulse l’énergie nucléaire et les services publics (« utilities ») au cœur du débat technologique.
Conclusion : La maturation d’une révolution
Tout bien considéré, la fin 2025 ne marque pas la fin de la révolution IA. Elle marque sa maturation. Les opportunités massives demeurent. Mais elles se dispersent loin de Nvidia. La concurrence (Google, AMD) et les bénéficiaires secondaires (Dell, Palantir, les énergéticiens) prennent le relais.
En définitive, les investisseurs qui sauront identifier ces bénéficiaires de second et troisième rang tisseront les portefeuilles les plus résilients pour 2026. L’ère du « pari unique » est révolue.