En 2025, Tracfin a exercé pour la première fois son droit d’opposition sur des fonds en crypto-actifs. Cette mesure devait permettre leur saisie. Cette intervention marque le passage d’une logique de renseignement à une capacité de blocage temporaire avant l’exécution d’une transaction.
Le mouvement intervient après une forte hausse des signalements transmis par les acteurs du secteur. Il ne démontre pas une explosion des infractions. En France, il renforce toutefois les moyens d’action contre les flux suspects.
Points clés sur Tracfin dans le marché crypto :
- Tracfin peut désormais suspendre une opération crypto suspecte avant son exécution.
- Les déclarations de soupçon des professionnels ont atteint 4 850 en 2025.
- Le blocage reste provisoire et dépend ensuite d’une décision judiciaire.
Tracfin bloque des fonds crypto avant transfert
La nouveauté ne réside pas dans la surveillance des crypto-actifs, déjà soumise aux règles de lutte anti-blanchiment. Elle tient à l’emploi concret d’un levier permettant d’arrêter une opération au moment où elle peut encore être contrôlée.

Un gel temporaire, pas une saisie définitive
L’article L.L’article L. 561-24 du Code monétaire et financier autorise le service de renseignement financier de Bercy à s’opposer à une opération avant son exécution. L’opposition reporte alors l’exécution pendant dix jours ouvrables à compter de sa notification.
Ce délai crée une fenêtre d’intervention pour la justice. À Paris, le président du tribunal judiciaire peut prolonger la mesure. Il peut aussi ordonner le séquestre provisoire des fonds, comptes ou titres concernés. Le procureur de la République peut aussi saisir ce magistrat.
Le droit d’opposition ne constitue donc pas, à lui seul, une saisie crypto définitive. Tracfin suspend une opération. L’autorité judiciaire décide ensuite si les fonds restent immobilisés dans le cadre d’une procédure.
La vitesse des transferts change l’enjeu
Pour les transactions crypto, le temps compte davantage encore. Après son exécution, un transfert peut se répartir entre plusieurs adresses, plateformes ou protocoles. Retrouver les fonds devient alors plus complexe, même si les traces de la blockchain restent consultables.
Le mécanisme suppose surtout que l’opération soit détectée avant son départ. Les professionnels doivent donc transmettre une déclaration de soupçon assez tôt lorsque les éléments disponibles le permettent. C’est cette capacité d’alerte préalable qui rend l’opposition opérationnelle.
Les chiffres du renseignement financier
Le rapport d’activité 2025 apporte des repères utiles sur la montée en charge des contrôles. Ces indicateurs signalent une activité de renseignement accrue. Ils ne mesurent pas directement le volume de délits liés aux cryptomonnaies.

4 850 signalements venus des professionnels
En 2025, les prestataires de services sur crypto-actifs ont envoyé 4 850 déclarations de soupçon, soit 58 % de plus qu’en 2024. Une déclaration ne confirme aucune infraction et ne préjuge pas d’une condamnation.
Elle traduit l’évaluation d’un professionnel assujetti, qui identifie une opération ou un comportement nécessitant un examen. Ces déclarations constituent une matière première pour le renseignement financier, puis pour d’éventuelles transmissions aux autorités compétentes.
En 2025, le service a reçu 278 484 déclarations toutes professions confondues. Leur nombre a augmenté de 32 % sur un an. Le secteur financier en représente 258 470. Les signalements issus de la crypto restent donc minoritaires dans l’ensemble, mais leur progression est nettement plus rapide.
Des investigations plus approfondies
Les transmissions impliquant des crypto-actifs ont doublé en 2025. Cette donnée relève d’une étape différente. Après avoir analysé les informations recueillies, le service peut orienter les suites judiciaires ou administratives.
Le recours aux droits de communication auprès des acteurs crypto a, pour sa part, progressé de 183 %. Cet outil donne accès aux renseignements nécessaires à une investigation. Il vise les données d’identification, les éléments sur une opération ou les documents détenus par un professionnel.
Ces trois chiffres ne décrivent pas le même phénomène. Les dossiers de blanchiment crypto prennent une place croissante dans l’activité du renseignement financier français.
Les transactions crypto sous surveillance renforcée
Cette première utilisation modifie la lecture de la réglementation crypto en France. Les obligations de vigilance ne servent plus seulement à documenter les flux après coup. Elles peuvent aussi contribuer à les suspendre avant leur exécution.
Les PSCA face à une exigence de réactivité
Les PSCA, ainsi que les autres professionnels concernés, se trouvent au premier rang. Le droit d’opposition dépend de la capacité à repérer les incohérences, conserver les informations utiles et adresser rapidement une déclaration de soupçon.
Cette contrainte concerne les services qui interviennent sur l’achat, la vente, la conservation ou le transfert de cryptomonnaies. Elle ne signifie pas que chaque utilisateur ou chaque transaction devient suspect. Elle rappelle que les dispositifs de conformité s’étendent aux infrastructures utilisées par le secteur.
Pour les détenteurs, la conséquence est simple : un professionnel peut retarder une opération s’il identifie un risque sérieux. Les informations générales de l’AMF sur les crypto-actifs rappellent aussi les risques et obligations propres à ces services.
Ce que le rapport ne permet pas de chiffrer
Le rapport et le communiqué du 8 septembre ne précisent ni le montant des fonds concernés, ni les cryptomonnaies visées, ni l’identité des personnes ou plateformes impliquées. Le secret professionnel protège les informations recueillies dans les dossiers traités.
Impossible, dès lors, d’évaluer la taille de cette première saisie crypto potentielle ou son issue judiciaire. Il serait également abusif d’en déduire une proportion de l’activité crypto française liée à la criminalité. Les données disponibles mesurent l’activité de contrôle, pas la totalité des pratiques du secteur.
Le relais judiciaire sera décisif
Tracfin a utilisé son droit d’opposition sur des fonds en crypto-actifs pour permettre une saisie. Les hausses de déclarations, de transmissions et de demandes d’informations montrent que le suivi des flux prend de l’ampleur.
La portée réelle de cette première dépendra des décisions prises après le blocage temporaire. Les prochains rapports diront si ce pouvoir devient un outil régulier. Ils préciseront aussi si les autorités rendront publics des montants ou des suites judiciaires.
FAQ : Crypto, adoption institutionnelle et valorisation
Il permet de suspendre une opération crypto avant son exécution pendant dix jours ouvrables. Ce délai donne à l’autorité judiciaire la possibilité de demander une prolongation ou un séquestre provisoire. Tracfin ne prononce pas lui-même une saisie définitive : son intervention ouvre une fenêtre d’action judiciaire.
Elles signalent une hausse de 58 % des déclarations transmises par les prestataires sur crypto-actifs en 2025. Une déclaration de soupçon n’établit pas une infraction ni une condamnation. Elle informe Tracfin qu’un professionnel a détecté des éléments justifiant une analyse complémentaire.
Le montant, les cryptomonnaies concernées et les personnes ou plateformes visées ne sont pas publics. Tracfin invoque le secret professionnel qui protège les renseignements collectés dans ses missions. Les données disponibles confirment l’usage du droit d’opposition, sans permettre d’évaluer la valeur des fonds ni l’issue judiciaire.
Disclaimer : Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptomonnaies sont des actifs volatils. Faites vos propres recherches avant toute décision.