Une étude présentée le 22 septembre 2026 à la conférence de recherche de l’ESMA à Paris livre ce constat. Chez des prestataires autrichiens, 41,1 % du volume crypto observé provenait de mouvements internes. Un transfert visible sur blockchain ne correspond pas forcément à un achat, une vente ou un flux entre deux parties indépendantes.
Les chercheurs ont analysé près de 12 millions de transferts en Bitcoin, Ethereum, USDT et USDC. Leur total atteint 50,4 milliards de dollars. Leur travail apporte une mesure rare des limites des données on-chain agrégées.
Points clés sur crypto et les transferts internes :
- Les transferts au sein d’un même prestataire représentaient 41,1 % du volume étudié.
- Les flux externes pèsent environ 30 milliards de dollars, bien plus que les échanges domestiques identifiés.
- Dans les trois crises étudiées, les stablecoins n’ont pas systématiquement joué le rôle de refuge.
Le volume crypto surestime l’activité économique
L’étude sépare les transferts inscrits sur la blockchain des opérations correspondant réellement à un échange entre acteurs distincts. Cette distinction invite à relire les indicateurs de volume crypto, souvent utilisés pour évaluer l’adoption.

Une transaction ne suffit pas
Pour leur analyse, les auteurs ont exploité un registre pseudonymisé des adresses contrôlées par les 12 prestataires enregistrés en Autriche fin 2024. L’obligation de déclaration permettait ainsi de relier les portefeuilles aux entités concernées. Les données publiques ne le permettent généralement pas.
Ils ont reconstitué les mouvements jusqu’en mai 2025. Une part notable des transactions reliait des adresses d’un même intermédiaire : hot wallets, warm wallets et cold wallets. Ces déplacements servent notamment à la conservation ou à la gestion opérationnelle des fonds.
La blockchain enregistre bien chaque opération. Pourtant, aucune contrepartie extérieure n’a nécessairement négocié l’actif. Pour les lecteurs qui suivent le marché crypto à travers les statistiques on-chain, cette nuance est essentielle.
Le ratio ne vaut pas pour tous les pays
Le chiffre de 41,1 % concerne un échantillon précis et ne vaut pas mécaniquement pour l’ensemble du secteur. Il porte sur quatre cryptomonnaies et un échantillon précis d’adresses autrichiennes. Les pratiques de garde, la concentration des plateformes et les règles locales peuvent modifier fortement ce ratio.
Il ne démontre pas non plus que les données on-chain seraient inutiles. Il montre plutôt qu’elles demandent une attribution des adresses et une lecture prudente. Sans cette étape, un pic de volume peut simplement refléter une réorganisation interne d’un prestataire.
Les chiffres révèlent des flux très concentrés
La base de données documente aussi l’ouverture internationale des intermédiaires autrichiens. L’essentiel des montants observés circule avec des contreparties hors du pays, plutôt que dans un circuit national fermé.
30 milliards de dollars venus de l’extérieur
Au total, les prestataires ont traité environ 30 milliards de dollars de mouvements on-chain avec des contreparties extérieures. Sur la période examinée, les transferts directement identifiés entre prestataires autrichiens n’ont atteint que 5,8 millions de dollars.
Cette disproportion indique que l’activité locale dépend largement d’infrastructures et de relations internationales. Elle limite aussi la portée d’une lecture uniquement nationale des risques. Un incident chez une contrepartie étrangère peut atteindre les intermédiaires locaux via les flux de garde, de règlement ou de liquidité.
La concentration renforce cette observation. Les contreparties liées aux portefeuilles de stockage représentent 57,8 % du volume externe. Elles ne comptent pourtant que pour 0,77 % des transferts externes. Peu de relations concentrent donc une fraction majeure des montants.
Le nombre d’opérations raconte une autre histoire
Le nombre de transferts ne mesure pas la même chose que leur valeur. De nombreuses petites opérations peuvent coexister avec quelques mouvements très élevés entre infrastructures. Confondre ces deux dimensions risque d’exagérer l’usage économique réel d’un réseau.
Cette distinction intéresse aussi les utilisateurs qui confient des fonds à un wallet crypto géré par un prestataire. Les fonds circulent entre adresses techniques pour des raisons de sécurité. Ces mouvements ne suffisent pas à renseigner sur la solidité financière de l’entreprise.
Les chocs crypto ne favorisent pas tous les stablecoins
Les chercheurs ont étudié les réactions aux crises de Terra-Luna, FTX et Silicon Valley Bank. Leur conclusion reste mesurée : les stablecoins n’ont pas joué un rôle de refuge uniforme dans ces trois épisodes.
FTX a renforcé les retraits classés retail-like
Après la faillite de FTX en novembre 2022, les retraits qualifiés de retail-like ont augmenté de façon persistante, y compris pour les avoirs en stablecoins conservés sur des plateformes. Pour les auteurs, ce comportement traduit une réduction de l’exposition à la garde centralisée après la chute d’un intermédiaire.
La catégorie ne désigne pas des particuliers identifiés. Elle repose sur des caractéristiques transactionnelles, comme l’activité des adresses et leurs interactions avec certains portefeuilles. Cette précaution empêche de tirer des conclusions trop générales sur les motivations de chaque détenteur.
Stablecoins : le cas USDC diffère lors de SVB
La crise de Silicon Valley Bank, en mars 2023, a surtout touché l’USDC, illustrant que les chocs ne frappent pas tous les stablecoins de la même manière. Circle, son émetteur, détenait une exposition à cette banque. L’étude relève à la fois une hausse des dépôts classés retail-like et des retraits institutionnels.
Cette divergence s’explique, selon les auteurs, par les modalités d’accès au remboursement auprès de l’émetteur. Tous les participants ne peuvent pas convertir directement leurs jetons. Cette différence peut entraîner des réactions opposées selon les catégories de porteurs.
Le constat ne signifie pas que l’USDT ou l’USDC ne servent jamais de solution temporaire lors d’une crise. Il invalide seulement l’idée d’un réflexe automatique et stable, dans cet échantillon précis et pour les trois chocs analysés.
La supervision doit mieux attribuer les adresses
La principale portée de cette recherche concerne la qualité de l’observation. Les superviseurs doivent distinguer les flux entre clients, institutions et portefeuilles internes pour évaluer correctement les risques de transmission.
L’identification réglementaire des adresses contrôlées par les prestataires pourrait affiner cette cartographie. Elle aiderait à isoler les mouvements opérationnels et à suivre plus précisément les tensions entre finance traditionnelle et crypto.
La présentation à l’ESMA ne constitue ni une règle nouvelle ni une position officielle sur les stablecoins. Le cadre européen MiCA présenté par l’ESMA reste distinct de ce travail académique. Le 9 juillet 2026, les auteurs en ont déposé la première version.
FAQ : Crypto, stablecoins euro et adoption institutionnelle
Parce qu’un transfert blockchain ne correspond pas forcément à un échange économique. Dans l’échantillon autrichien, 41,1 % du volume reliait des portefeuilles d’un même prestataire. Ces mouvements peuvent servir à la garde ou à la gestion opérationnelle. Le volume brut peut donc surestimer l’activité entre clients ou institutions distinctes.
Non, pas de manière systématique selon cette étude. Les réactions aux crises de Terra-Luna, FTX et Silicon Valley Bank diffèrent selon le choc et la catégorie de contrepartie. Les auteurs n’excluent pas un usage défensif ponctuel de l’USDT ou de l’USDC, mais ne valident pas une fonction de refuge constante.
L’identification des adresses permet de séparer les flux internes des échanges avec des contreparties indépendantes. Cette distinction améliore l’évaluation de l’activité économique, de la concentration des relations et des risques de transmission. Elle ne suffit pas à identifier chaque utilisateur, car les données étudiées restent pseudonymisées.
Disclaimer : Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptomonnaies sont des actifs volatils. Faites vos propres recherches avant toute décision.